Les nuisances et les risques

Les nuisances

Pollution olfactive liée principalement aux déchets ménagers : odeurs pestilentielles et de plus irritantes dues aux fuites de biogaz (jusqu’à 2.5km), phénomène aggravé par les vents. La production de biogaz s’étalant sur 40 à 50 ans. En savoir plus

Pollution mécanique : ballet aérien de sacs plastiques – poussières se répandent partout…Boues liquides – lixiviats – détritus qui s’échappent des camions bennes – déjections d'oiseaux, etc…/ détérioration de la voirie par les camions.

Pollution routière : va et vient de camions : camions de déchets + camions de terre pour le recouvrement des déchets. Pollution en CO2 par les gaz d’échappement.

Pollution sonore : Les oiseaux (eux-mêmes + les tirs de canons pour les éloigner) + les bruits liés à un véritable chantier (manœuvres, klaxon de recul…)

Multiplication des prédateurs : corbeaux, corneilles etc...: déjections et fientes, ainsi que la destruction des plantations environnantes. Vermines et insectes (rats, mouches et moustiques…) : vecteurs de maladies. En savoir plus

Disparition de la flore naturelle : Disparition de certaines essences sensibles :chênes, hêtres et résineux… et multiplication d’autres espèces type orties, sureaux, ronces…

Perte des labels qualité et droits d’exploitation pour les agriculteurs : odeurs pestilentielles et de plus irritantes dues aux fuites de biogaz (jusqu’à 2.5km), phénomène aggravé par les vents. La production de biogaz s’étalant sur 40 à 50 ans.

Impact paysager : camions – poussières - monticule (montagne chauve) En savoir plus

Dévaluation des biens : 30 à 60% dans un rayon de 10 kms, 75 à 90% pour les riverains directs… En savoir plus

Dévaluation de la personne : sentiments de rage, d’impuissance, statuts de victime… perte d’intérêts pour son habitat, sentiment de peur (santé et avenir de la famille), dépression… En savoir plus

Les risques

Maladies bactériologiques et épidémiologiques introduites par les prédateurs. En savoir plus

Cancers et autres risques sanitaires :

- Risque 4 fois plus important d’avoir un cancer de la vessie ou une leucémie pour les femmes vivant près des centres d’enfouissement de déchets où les gaz s’échappent. (Etude du Ministère de la Santé de l’Etat de New York, publiée en juin 2007)
- Présence de 7 sortes de cancers parmi la population vivant près de 38 C.E.T. (Dernière étude)
- - Incidence accrue de formations cancéreuses de vessie dans l’Illinois où un CET avait contaminé une alimentation en eau. (1990)
- Risques d’anomalies à la naissance doublés chez les familles vivant près d’un CET (Nant-y-Gwyddon Pays de Galles )
- 33% d’augmentation de risque d’anomalies à la naissance dans les familles vivant dans les 3 km de n’importe lequel des 21 CET dans 10 pays européens. (Rapport préliminaire 1997)
- Incidence élevée des cancers de l’estomac, du foie, de la prostate et du poumon parmi les hommes et de l’estomac et du col de l’utérus parmi les femmes vivant à proximité d’un grand CET - Canada - la Carrière Miron (Etude 1995 à Montréal au Québec). Etc… etc… etc….


Production de lixiviats
(20% des déchets) par le passage des eaux de pluie à travers les déchets (boue noirâtre constituée de bactéries, d’hydrocarbures, de substances chimiques corrosives, de métaux lourds… composants des biogaz dissous…) En savoir plus

Les eaux de ruissellement en contact avec les déchets : une 2ème catégorie de lixiviats. En savoir plus

Pollution de la nappe phréatique causée par ruptures, perforations ou attaques chimiques de la bâche de protection et contact avec les lixiviats.
En savoir plus

Feux en profondeur. En savoir plus

Fragilité de la géomembrane En savoir plus

Risques toxicologiques dus aux fuites de biogaz (200m3/tonne de déchets), à leur élimination par brûlage en torchères et à leur valorisation par production d’électricité. En savoir plus

Que les nuisances et risques accompagnent toujours le progrès industriel et le développement est un fait reconnu et accepté. Mais les enseignements tirés des tragédies qui en résultent permettent à chaque étape de s'adapter, de prévenir le danger, et de recadrer la loi. Dans le cas des CET, il s'agit d'une toute autre affaire. Le principe de l' "enfouissement technique" est présenté comme une solution avant-gardiste, basé sur les dernières technologies, pour le traitement des déchets, ce qui constitue un grossier travestissement de la vérité. L'enfouissement des déchets, plus exactement leur stockage perpétuel au coeur de l'environnement, est un expédient qui n'a rien de moderne, et surtout qui n'a rien à voir avec aucune forme de "traitement". Des vraies solutions d'avant-garde pour le traitement "inoffensif" et non polluant des déchets existent bien (incinération en four à lit fluidisé, vitrification par torche à plasma, biométhanisation, hydropulpeurs, thermolyse simple ou intégrée,..), et sont déjà mises en oeuvre dans de nombreux pays d'Europe, et même en France sur une timide mais courageuse échelle. Mais il y a un côut initial à développer de telles solutions innovantes, pourtant moins onéreuses au départ que les bon vieux incinérateurs classiques! Puisque les incinérateurs ont un coût et des capacités de traitement limitées, certains grands groupes industriels ont trouvé plus astucieux de promouvoir l'enfouissement technique, où l'on ne traite plus rien et facture à la tonne et "à la carte", en plus de faire vivre le Transport. L'investissement initial est quasiment nul (creuser des trous dans les zones rurales), et le savoir-faire technologique virtuellement inexistant (on empile tout, on pompe les lixiviats, on brûle les biogaz). Les revenus qui s'en dégagent sont forts juteux et substantiels, et le gisement de cet "or-dur" est virtuellement illimité, en quantité comme en durée. Vous avez maintenant tout compris le film.


Haut de page


Pollution olfactive: les odeurs fortes, putrides, irritantes ou irrespirables générées par les fuites de biogaz (et aussi par leur combustion), avec des pics intolérables associés au vent (directions privilégiées, ou bien chutes prolongées), à la température, ou à certaines conditions saisonnières. Aux environs immédiats de certains CET (500m à 2.5km), les odeurs peuvent être tellement insupportables que les habitants en perdent le sommeil, se calfeutrent à l'intérieur de leurs maisons, tout en ayant renoncé une fois pour toutes à l'idée de profiter du dehors, de jardiner, ou de pouvoir jamais espérer prendre leur petit déjeuner ou manger sur leur terrasse avec des amis.. A noter que la production de biogaz à partir d'une masse donnée s'étale sur un cycle de.. 40-50 ans, autant dire non pas une tranche, mais une moitié de vie humaine.

Prolifération d'espèces animales opportunistes telles que corbeaux, corneilles, rapaces, rats, lapins, chiens errants, mouches, moustiques et autres insectes, attirés par la nourriture et la chaleur de fermentation du sol (35°C à 80°C); ils apportent déjections et fientes comme des risques d'épidémies et d'épizooties dans les villages avoisinants; ils détruisent les plantations environnantes à tout moment du cycle agricole (plantation, jeunes pousses, récolte). Les colonies d'oiseaux introduisent également des risques épidémiologiques graves pour la santé des enfants et des persones fragiles, et les rongeurs de décharge sont porteurs de maladies transmissibles à l'homme .

Impact paysager: dégradation liée à la pollution mécanique, au trafic intense des camions sur les petites routes; mais aussi le spectacle hideux du monticule ("dôme" en jargon CET) avec ses torchères et son nuage d'oiseaux, visible à plusieurs kilomètres, sur une période que l'on peut estimer à au moins 100 ans. Ni les arbres, ni les arbustes, ni l'herbe verte ne pourront jamais y pousser. Pour les générations futures, le dôme se présentera comme une "montagne chauve", à l'apparence blanchâtre et répugnante. Bien que non surveillé, son accès en sera formellement interdit au prommeneurs, à cause de l'instabilité du terrain et la toxicité des biogaz s'en échappant sur une durée de 50 ans.

Dévaluation des biens: la valeur de l'immobilier et des commerces chute de 30% à 50% dans un rayon d'au moins 10km: dans le premier cas (30%), confiance relative, mais pas beaucoup de preneurs pour subir les nuisances, surtout dans la zone des premiers 2.5km; dans le deuxième cas (50%), méfiance extrême dus à des incidents répétés et à la dégradation visible de l'environnement. Cas extrême: 75-90% de dévaluation de l'immobilier, dû à l'apparition de premiers symptômes et pathologies, causant une réputation négative durable avant réhabilitation sur une période de 10-20 ans, voire davantage. Les études d'impact montrent que de façon générale, l'implantation d'un CET (comme d'un centre pénitentiaire ou d'un champ de tir militaire), on un effet géographique et économique sur le commerce et le résidentiel au moins deux fois plus important en négatif que celle de centres sportifs, universités, palais des congrès, bibliothèques ou espaces verts peuvent avoir en positif...

Dévaluation de la personne: les nuisances ci-dessus, contre lesquelles les personnes isolées et sans défense ne peut rien sinon que se résigner, induisent des sentiments variés de dégout, de saleté, d'insalubrité, de honte, de perte d'estime de soi, de ridicule, de rage contenue, d'impuissance, de statut de victime, de renoncement à l'amélioration et la valorisation de son habitat (à quoi bon?), de perte d'identité locale (ne dites pas où on habite, les enfants non plus!), de perte d'intérêt pour la communauté (maudite) et son développement local, de rejet individuel, de trahison par la société et les élus, de prise de positions politiques extrêmes, de colères ouvertes ou rentrées, et enfin de PEUR pour la santé et l'avenir de sa famille. Ces différents facteurs psychologiques peuvent sans conteste affecter durablement la solidité des parents, du couple, et l'éducation des enfants. Plus grave, ils se combinent aux pathologies liés à l'exposition aux biogaz (voir ce thème), produisant d'autres formes de complications sérieuses d'ordre psychologique et psychosomatique. La réponse la plus élémentaire aux risques potentiels de dévaluation de la personne et de son immobilier (généralement tout ce qu'elle possède) est de "faire ses bagages", ce qui est attendu et encouragé par les protagonistes des CET: "si cela ne vous plaît pas, vous êtes toujours libres de partir ailleurs [de "dégager"?]. Ce phénomène d'émigration spontanée des personnes (qui en ont l'opportunité, le courage et les moyens) facilite non seulement l'implantation et l'acceptation locale du CET, mais aussi le rachat des parcelles, terrains et propriétés limitrophes à vil prix, en vue d'augmenter indéfiniment la capacité de l'exploitation et ses profits.


Maladies bactériologiques et virologiques introduites par les prédateurs: les colonies d'oiseaux sont avantagés par leur accès aérien et journalier à la surface de la décharge (le "front des déchets"), autrement recouverte de terre chaque semaine (en principe, mais pas toujours). Leur nombre varie selon les cycles de reproduction et d'élevage des jeunes; pour un CET au Canada, on comptera 3.000 à 6.000 couples d'oiseaux simultanément présents à toute heure de la journée sur le site, pour une colonie variant entre 50.000 et 100.000 individus. A ce jour, toutes les diverses mesures (dites "techniques d'effarouchement") prises contre ces colonies d'oiseaux sont restées sans succès: mise en place de fils ou filets, stérilisation des oeufs, abattage périodique sur site, pyrotechnie, tirs de canon au propane, introduction de faucons et buses (pauvres prédateurs rapidement "désabusés" par la tâche!).. Les bactéries véhiculées par les oiseaux sont du type Listeria, Salmonella, Campylobacter ou Yersinia. De telles bactéries provoquent des pathologies sur l'animal (avortements chez les ovins et bovins) et sur l'homme (diarrhées aiguës, céphalées, crampes abdominales, nausées, syndrome de Guillain-Barré et septicémies) avec un risque sensiblement plus élevé chez les jeunes enfants. Les rongeurs de décharge (en particulier les colonies de rats) sont porteurs de maladies bactériennes transmissibles à l'homme (zoonose). Parmis elles existe la redoutable leptospirose. Les symptomes associent fièvre, frissons, douleurs musculaires et céphalées. Les signes évoluent en quelques jours avec atteintes viscérales, jaunisse, insuffisance rénale et même méningite hémorragique. Il faut être vacciné contre elle, car l'antibiothérapie, sauf très précocement appliquée, reste sans cure.

Haut de page

Les lixiviats ou "jus de percolation" (ou encore appelés "lessivats", et en anglais leachate ou garbage juice) résultent du passage des eaux de pluie (dites savamment "météoriques") à travers les déchets, et le drainage comme la formation de différents composés toxiques qui en résulte. Il faut se représenter un cocktail infâme à l'aspect noirâtre constitué de bactéries en tout genre, d'hydrocarbures, de substances chimiques corrosives (sulfates, chlorures, nitrates, et acides apparentés), et de métaux lourds (plomb, cadmium, mercure, nickel). Les lixiviats transportent également, sous forme dissoute et donc concentrée, les dangereux composants des biogaz (voir ci-dessous). On estime à 20% la fraction de lixiviats produite par un tonnage annuel de déchets donné.

 

Eaux de ruissellement: les eaux de ruissellement en surface sont récupérées par des tranchées latérales. Les eaux propres, qui constituent une minorité, sont celles qui n'ont pas été en contact avec les déchets. Les autres sont contaminées en proportion directe de la longueur de leur trajet et de leur temps de contact, tous deux maximum dans le cas où les déchets forment un monticule (dôme); ces eaux polluées constituent une deuxième catégorie de lixiviats.



Pollution de la nappe phréatique: celle-ci est causée par ruptures, perforations accidentelles et attaques chimiques de la bâche de protection sous-jacente, et donc sa mise en contact à terme avec les lixiviats. Cette bâche, malhabilement baptisée par contresens "géo-membrane" (les vraies membranes respirent!), est plutôt supposée garantir une imperméabilité absolue avec le sous-sol. Elle est réalisée préférentiellement dans un matériau tel que le PEHD (polyéthylène haute densité) qui résisterait à toutes les attaques chimiques et mécaniques, contrairement aux PVC (polychlorure de vinyle) et EPDM (éthylène-propylène diène monomère) et autres substituts tels que polyéthylènes chlorés ou chlorosulfurés que l'exploitant pourra préférer pour des impératifs de coût ou de disponibilité immédiate (sans que personne n'y trouve à redire!).
Le PEHD n'est aucunement un matériau d'avant-garde: il est utilisé à cet effet depuis plus de 20 ans aux Etats-Unis, en épaisseur standard de 2.54mm (1/10 de pouce). Malgré son apparence de "linoléum" et sa forte résistance à un grand nombre d'attaques chimiques, le PEHD est pourtant fragilisé par une minorité de produits présents dans les lixiviats: hydrocarbones aromatiques (benzène) ou halogénés (tri- ou -tetrachloroéthylène, tetrachlorure de carbone), toluènes (méthylbenzène), xylènes et naphtalènes. Le plus étonnant est encore à venir: le PEHD est lentement fragilisé par une exposition prolongée à différents types de résidus d'ordures ménagères, dont on peut citer: corps gras (lard, margarine), vinaigres et alcools (fonds de bouteilles et fontaines à vins..), détergents (lessives, détachants..), mousses à raser, soins des cheveux (crèmes et teintures), shampooings, soins du corps, vernis à ongles, cirages, chiffons et résidus de nettoyage ou de bricolage (térébenthine, acétone, essence, solvants, peintures..), etc... Et c'est le fabricant-concepteur qui le dit! A court ou moyen terme, ces différents types d'ordures ménagères ramollissent ou bien rendent cassant le PEHD. Sous la pression des multiples contraintes mécaniques (voir plus bas) ces deux types d'attaques chimiques affaiblissent la résistance de la bâche, causant immanquablement déchirures ou fractures, malgré son épaisseur rassurante de quelques 2mm. Pourquoi une telle fragilité du matériau? Parce que les polymères (tels que le PEHD) sont des composés synthétiques naturellement instables à long terme, et surtout vulnérables à des attaques chimiques spécifiques, brisant certains points faibles des chaines moléculaires.

On note également la difficulté de manipulation des bâches en PEHD: défauts de fabrication, transport, stockage et nécessité de souder les morceaux ("lés") entre eux de façon imperméable et durable avec différentes colles. Le PEHD est connu pour sa sensibilité à la température, créant des tensions résiduelles sur les collages, généralement réalisés par temps chaud, qui peuvent donc se rompre par temps froid. Une bâche parfaitement posée sur un terrain plat idéal (!) aurait, selon le constructeur, un taux de fuite de 10 litres/ha/jour . Des études réalisées aux Etats-Unis révèlent que sur le terrain, et sous l'effet des autres agressions mécaniques et chimiques, les meilleures bâches type PEHD laissent fuire les lixiviats à un taux très supérieur de 200 litres/ha/jour (ce qui serait l'effet d'un trou de 2mm de diamètre sous une hauteur de liquide de 3cm). Pour le projet de St-Escobille (18ha), ce chifre correspond à 3.600 litres/jour (ou approximativement 3,6m3/jour), représentant 1.315.000 l/an (un peu plus de 1.300 m3/an) de lixiviats passant chaque année sous ladite "géomembrane" et continuant leur course paisible et silencieuse vers la nappe phréatique après s'être frayé un chemin à travers la couche d'argile sous-jacente (voir deux paragraphes plus bas).

Comme dans la science des CET les malheurs n'arrivent jamais seuls, un autre phénomène parasite ety aggravant vient s'ajouter: le colmatage de la couche drainante par l'action des bactéries. Les lixiviats sont en effet récupérés au fond du site par un réseau de drains passant à travers cette couche formée de sable et de graviers. En fonctionnement normal, la couche drainante ne permet aux lixiviats d'atteindre une hauteur de 5cm en fond de casier, correspondant au chiffre précédent de 10 litres/ha/jour pour les fuites (la norme maximale autorisée pour la hauteur des lixiviats étant 30cm). Mais ces vilaines bactéries produisent sur les granulats un certain nombre de dépôts de nature colmatante. Ces dépôts sont formés à 30% de matériaux organiques ("biofilm") et pour le reste de composés minéraux (précipités de sulfures de fer, et carbonates de fer/manganèse/calcium). Il en résulte un colmatage graduel qui à rend progressivement imperméable la couche drainante. Le résultat est une élévation de la hauteur des lixiviats. Pour une élévation d'un facteur dix (e.g. 50cm), le taux de fuite est multiplié approximativement par huit (soit 80 litres/ha/jour). Les chiffres catastrophiques mentionnés au paragraphe précédent doivent donc être revus à la hausse.. Que pour la couche drainante on choisisse le gravier, moins susceptible que le sable de l'effet du colmatage bactérien, ne change rien à l'affaire. Comme le sable, mais trois fois plus lentement, il aura perdu sa porosité à 70% au bout de 5 ans ! Alors les lixiviats, insuffisament drainés et retenus en exces dans la masse de déchets, s'enrichissent en toxiques, ralentissent la bio-dégradation, fuient davantage dans le sous-sol, et de plus.. exercent une pression hydraulique supplémentaire sur la bâche. Son viellissement mécanique comme chimique s'en trouve accéléré, et un chiffre de 200 à 400 litres/ha/jour fait maintenant partie du vraisemblable, encore que sans doute sous-estimé pour le long terme.

Aux risques objectifs décrits ci-dessus s'ajoutent les déchirures de la bâche occasionnées mécaniquement par l'effet de cisaillement, poinçonnement ou percement par déchets tranchants, la possibilité d'éclatement sous la pression locale ou les gradients de force à plus grande échelle dus à la gravité (effet de pente), aux différences de densité), aux tassements naturels mais hétérogènes des masses en décomposition (il s'agit ici de tonnes!) ou mécaniquement induits à partir de la surface par le passage des camions ou des bulldozers (compactage des déchets), ou simplement lors de la mise en place. Dans les connaissances actuelles, il n'existe aucun moyen de vérifier l'état d'une bâche, aussitôt que les matériaux commencent à être déversés. A noter la possibilité de déclenchement spontanés de feux en profondeur (on cite une probabilité de deux incendies par an par site*), ayant pour effet de fondre et percer la bâche. Il y a les petits trous multiples créés par les rongeurs et leur réseau de galeries, quelquefois assez profondément... Les bâches plastiques sont également très sensibles aux rayons ultraviolets (UV) du soleil, ce qui oblige à les recouvrir au tout début de l'exploitation. Puisque l'on ne peut rien savoir sur l'état de la bâche, autant dire que tout problème potentiel est définitivement réglé ou prétendu inexistant!

Haut de page

Les départs de feu des CET dus à un phènomène de combustion interne spontanée sont fréquents. Si l'on écarte les incendies d'origine criminelle, que les promoteurs ne manquent jamais de dénoncer en guise de toute explication, le phénomène de combustion spontanée est bien réel et encore très mal compris. Ainsi, certains CET vieux de dix ans émettent par endroit des "fumerolles" nauséabondes et toxiques, révélant la présence d'autant de points chauds avec des températures de 80-300°C! Alors que le bois rentre en combustion à 315°C à l'air libre, il est susceptible de se décomposer par pyrolyse à 95°C. Avec la chaleur dégagée, la température du point chaud s'élève, et le phénomène de pyrolyse peut s'auto-entretenir dès lors que le seul de 149°C est atteint. D'autres matériaux combustibles, tels que les papiers, cartons et plastiques, de seuils plus bas, apportent un carburant inépuisable à la réaction pyrolytique. Il s'en dégage des gaz de dioxines, d'halogènes et de COV, qu'on retrouve en surface dans les fumerolles. Ce type d'incendie souterrain est difficilement perceptible et controllable et il très coûteux à neutraliser losqu'il rejoint la surface (récemment, le 17 juin 2005, un incendie spontané en fond de casier dans le CET de Montflanquin, Lot et Garonne, a coûté au moins 200.000 Eu). Les dégats sur la "géomembrane" sont bien entendu catastrophiques, au sens où sa combution en contact avec les points chauds crée autant de vastes ouvertures dans lesquelles peuvent librement s'engouffrer les lixiviats.

 

Compte-tenu de cette lourde problématique, la pratique est de disposer en-dessous de ladite "géomembrane" (pas si imperméable, comme on vient de le voir) un couche de matériaux argileux dans une tentative de mieux protéger le sous-sol et ses nappes phréatiques. Par définition, un matériau argileux doit comprendre au moins 40% d'argile dans un sens granulométrique, matériau qui en phase hydratée impose ses propriétés à l'ensemble. Les loess et les limons dit "argileux", souvent utilisés comme substituts, ne correspondent en rien à une telle définition, même après compactage. Les matériaux à base de minéraux naturels dits "bentonite" offrent des propriétés très similaires aux argiles. Mais les argiles, naturelles comme synthétiques, ne sont pas nécessairement étanches. Sous l'effet de leur propre compactage, des cycles de gel et dégel, le développement d'un réseau de microfissures (aussi petites que 0.1mm ou 100µm), ou de la simple déshydratation, leur texture peut présenter des propriétés contraires à l'effet voulu, c'est à dire hautement perméables. En particulier, lorsqu'elles sont mises en contact avec les acides contenus dans les lixiviats, et sous l'effet de la chaleur de fermentation (30°C), les argiles ou bentonites se décomposent par solubilisation (lyse) de leur constituants en aluminium et en silice, leur ôtant toutes leurs propriétés initiales de haute étanchéité. L'effet de la chaleur provoque également un phénomène de fissuration à plus grande échelle. Un autre facteur aggravant est l'irrégularité de l'interface géomembrane/argile. La géomembrane étant sujette à des effets de dilatation/rétraction thermiques (formation de "vagues", en particulier lors de la pose et du collage), et de tensions locales sous les contraintes mécaniques du compactage, son contact avec la sous-couche argileuse (qui est meuble) est fortement inégal. Cette non-planéité de l'interface géomembrane/argile avec ses nombreuses poches d'air permet aux lixiviats de fuite de se répandre davantage sur la sous-couche argileuse, augmentant non seulement leur volume, mais aussi leur surface de contact. Les phénomènes d'attaque chimique et de percolation des lixiviats à travers les fissures de la sous-couche s'en trouvent considérablement renforcés.

Puisque les fuites de lixiviats à travers la bâche sont plus que simplement probables, cette couche argileuse superficielle, faussement qualifiée de "barrière active", n'offre qu'une protection toute symbolique et certainement pas faite pour durer. Une étude scientifique réalisée en Belgique montre qu'en considérant seulement les attaques chimiques, la fameuse "double barrière active" (bâche/argile) est traversée en moins d'un an. Encore une fois, on ne pourra jamais rien savoir à aucun moment ni sur l'état de la bâche, ni sur l'état de la couche d'argile, sauf à constater un beau jour le "fait accompli" que les lixiviats ont enfin rejoint la nappe phréatique..

Aussi efficace qu'il puisse paraître à l'inauguration d'un site, le tapis argileux ne concerne que la protection du sol situé immédiatement en dessous, et non celle des versants. Même en tapissant ceux-ci superficiellement, les lois de la gravité pour un matériau meuble veulent que ceux-ci s'affaissent progressivement, se scindent physiquement en créant un réseau de fissures, exposant directement les flans de l'excavation avec les lixiviats à travers la bâche (assurément perforée/déchirée par les contraintes ou défauts précités et attaquée chimiquement). Que les lixiviats fuient par dessous ou par les côtés ne fait strictement aucune différence lorsque le sous-sol est hautement perméable! Pour éviter ce phénomène inévitable de fuites latérales des lixiviats, une stratégie alternative consiste à ne pas enfouir les déchets mais plutôt à les empiler pour former un monticule ou dôme. La base du dôme est alors entourée d'ne "barrière de confinement", à comprendre une ceinture périphérique de remblais bâchés sur fond d'argile. Les mêmes risques que décrits ci-dessus s'appliquent au cas du remblais, sauf que la masse des déchets, et donc les contraintes mécaniques qui en sont à l'origine sont sensiblement plus importants. Mais hélas le constat ne s'arrête pas là. Premièrement, la surface des déchets exposée à la pluie est quasiment doublée par rapport au cas enfoui, ce qui augmente le volume des lixiviats de ruissellement. Ces lixiviats additionnels sont captés à la périphérie par des tranchées, avec plus ou moins d'efficacité et des risques de fuites élevés. Ceci notamment en cas de fortes intempéries (pluviométrie saisonnière exceptionnelle, forte averse), de saturation des capacités de pompage ou de panne de celles-ci, ou simplement de saturation momenténée des capacités de stockage des lixiviats sur site. Deuxièmement, le rendement de captage des biogaz issus d'un dôme est très inférieur à celui qu'on peut obtenir dans le cas de déchets enfouis, doublant les risques liés à leur rejet direct dans l'atmosphère (voir ci-dessous). La stratégie du dôme introduit également de nouveaux risques: les accidents constatés dans le monde ont montré que les pentes du dôme sont naturellement instables, ce qui provoque des effondrements et glissements de terrain imprévisibles, la barrière de confinement ne contrôlant alors plus rien. Dans cette description des nouveaux risques introduits par la stratégie du CET en dôme, on aura aisément oublié ce qu'il advient du fond du CET. La réponse est simple: les risques de fuite des lixiviats à travers la double "double barrière active" sont strictement inchangés qualitativement, sauf qu'ils sont quantitativement plus grands du fait de la masse plus élevée qui pèse dessus.

Alors pourquoi le CET en dôme (comprendre maintenant Centre d'Entassement Technique ?), puisque le principe comporte davantage de risques que le CET enfoui ? Comme toujours dans ces questions, il faut chercher la réponse dans le facteur de profit. Le dôme est plus avantageux pour l'exploitant, puisqu'en stockant les déchets en hauteur, (1) il économise le coût d'excavation et d'évacuation (ou de stockage sur site) des matériaux du sous-sol, et (2) peut entasser autant de fois plus de déchets que les lois de la gravité et de la physique du tassement le permettent (tant pis pour l'impact paysager si on arrive à des hauteurs de 20-50m!).

Conscient de tous ces risques avérés, l'exploitant compte finalement sur l'imperméabilité naturelle du substrat géologique, la fameuse "barrière naturelle passive". Il a une confiance mystique et résolument inébranlable dans l'imperméabilité absolue du sous-sol de tout terrain sélectionné n'importe où au hasard, surtout là où il aurait la "maîtrise foncière" (propriété ou bail). Sa compréhension de la géologie du sous-sol est invariablement rudimentaire, et d'une simplicité lumineuse: le résultat des études d'experts donne "fond d'argile imperméable sur socle rocheux uniforme". On fera quelques petits carottages sur le site pour s'assurer qu'il y a ici où la un peu des deux (et si on n'en trouve pas, ce sera un carottage "raté", sans intérêt pour la statistique). Il se trouve qu'à Saint-Escobille comme sur le reste du plateau de Beauce, le sous-sol est formé de matériaux rocheux fracturées et inhomogènes: calcaires de Beauce et d'Etampes en blocs, fracturés ou fissurés, calcaires marneux, marnes, poches d'argiles et sables variés (cf. page Géographie et Géologie). Cette propriété en fait une véritable éponge, d'où l'importance de l'aquifère, par endroits située à seulement 25 mètres de la surface. Cette propriété unique du sous-sol de Beauce de ne pas pouvoir retenir l'eau de pluie (pourtant exceptionnellement abondante ici !), forçe les agriculteurs à irriguer leurs plantations à partir de nombreux puits de forage. Cet aspect évident de la géologie locale semble avoir été mystérieusement "oublié" dans les études préalables au projet de CET, ce qui en dit long sur les compétences mises en jeu dans ces études, comme sur la transparence de l'information résultante. L'important est de faire avaler aux autorités décisionnelles que la barrière passive (soit les 10-20m situés entre le fond du CET et le haut de la nappe) est imperméable "comme un roc", même si on sait fort bien que le dit socle rocheux est fracturé de partout et constitué de matériaux inhomogènes, formant un réseau de failles de nature exceptionellement perméable! L'exploitant potentiel étant généralement le seul à pouvoir répondre à l'appel d'offres des pouvoirs publics, le premier saura mettre en oeuvre tous les moyens pour convaincre ces derniers que le petit lopin dont il a la maîtrise foncière se trouve être situé -juste par hasard- sur un substrat "imperméable comme un roc". C'est ce qu'on pourrait apeller "l'autre géologie", une discipline para-scientique d'un genre nouveau, qui n'exige aucune formation ni qualification particulière, sauf l'art du mentir vrai devant un auditoire confiant et impressionnable.

Un grand nombre d'études menées à l'étranger depuis les dix dernières années (où il y a plus d'expérience et de tragédies) concluent invariablement que les protections contre les fuites de lixiviats par bâches plastiques et sous-couches argileuses sont totalement inadéquates lorsqu'il s'agit de garantir la sécurité de l'eau et de l'environnement à l'échelle de plusieurs décennies. Malgré le fameux "état de l'art" atteint en cette matière, les spécialistes s'accordent à dire que dans les meilleures conditions, ces protections ne font que retarder de quelques décennies la mise en contact inéluctable des lixiviats avec les nappes aquifères situées en-dessous des décharges. A noter que la poIlution d'une aquifère par les lixiviats comporte un caractère quasiment irréversible et irréparable, sauf à l'échelle géologique. Il vaudrait mieux pour les exploitants et décideurs de s'inspirer de ces études, au lieu de recommencer l'histoire sur notre territoire national, à moins que le but avoué soit d'ignorer, en toute connaissance de cause, les conséquences sur la l'environnement et la Vie, et donc de faire le choix de nuire à l'humanité par opportunisme et obsession de la rentabilité et du profit immédiat.

Haut de page

Pathologies liées à l'exposition aux biogaz (et effets similaires ou croisés, dus à la pollution de l'eau par les lixiviats): celles-ci affectent les yeux et voies respiratoires, le coeur, le foie, et le système nerveux central. Certaines sont également accompagnées de cancers, d'affaiblissement du système immunitaire, voire de malformations congénitales. Les composés listés précédemment participent (souvent de façon multiple) aux affections/pathologies constétées ou syndromes potentiels ci-dessous:

-- irritation des yeux (picotements, larmoiements, conjonctivites), de la peau (démangeaisons, eczéma, urticaire, allergies cutanées) et des voies respiratoires (nez, gorge et poumons, cf. plus bas);
-- migraines, céphalées, nausées, vertiges, vomissements, malaises et étourdissements, vision trouble, diarhées fréquentes, incontinence;
-- battements de coeur irréguliers, fatigue, somnolence, narcoses;
-- troubles ou pertes de mémoire;
-- perte d'appétit et de poids (anorexie), insomnies, anxiété;
-- atteintes diverses du système respiratoire: asthme, thrombopénie, bronchite, angine, rhinite et rhino-pharyngite à répétition, toux chroniques, respiration difficile (dyspnées), particulièrement chez des personnes n'ayant une aucune des ces pathologies avant leur exposition au CET;
-- atteinte du système nerveux central: états dépressifs, léthargie, lassitude, assoupissement, confusion, nervosité, irritabilité, anxiété, hyper-activité;
-- atteintes gastro-intestinales, hépatiques et rénales;
-- augmentation de la tension artérielle, rythme cardiaque irrégulier;
-- déficiences immunitaires;
-- fausses couches, naissances prématurées, stérilité, anomalies congénitales (malformations cardiaques, défaut de ermeture du tube neural, malformation de paroi abdominale), défauts chromosomiques et naissances prématurées (chez l'homme) et intoxication foetale (chez l'homme et l'animal);
-- cancers divers (foie, pancréas, cerveau, poumons);
-- pour les enfants atteints, baisse de capacité d'apprentissage, et absentéisme scolaire dû aux traitements et suivi médicaux;
-- chez l'adulte, complications d'ordre psychologique ou psychosomatique (ce dernier point n'ayant pas valeur d'explication para-scientifique pour les différentes pathologies constatées; à ne pas confondre non plus avec les nuisances d'ordre psychologiques décrites ci-dessus dans un thème à part).

Ces différentes affections et pathologies n'ont pas le même effet chez le nourrisson, l'enfant, l'adolescent, l'adulte ou la personne âgée. De plus, elles peuvent constituer un ensemble de facteurs aggravants chez certaines personnes (de tout âge) qui seraient naturellement prédisposés, déjà souffrantes par leur historique, ou simplement moins résistantes par constitution. Enfin, les différentes toxicologies peuvent avoir des effets cumulatifs ou multiplicatifs, devenant beaucoup plus dangereuses ensemble qu'elles ne le sont déjà prises séparément. L'exposition à de multiples polluants à des doses individuelles pourtant situées dans les normes, induit une toxicité très supérieure, un fait reconnu par tous les épidémiologues, mais qui jusqu'à présent n'a fait l'objet d'aucune étude approfondie, sans doute par appréhension d'avoir à remettre en question un système primitif mais pratique, où les normes de dangerosité ou d'exposition admissible concernent les polluants pris chacun séparément. La même remarque s'applique à la prolongation du temps d'exposition aux polluants: si on sait établir des normes de dangerosité pour des expositions de 8h/jour pour 5jours/semaine, on sait peu de choses sur des expositions à plus faibles doses mais 24h/24, 7jours/semaine, comme dans le cas des riverains avec les biogaz. Enfin un troisième type de manipulation consiste à évaluer les risques dans le cadre plus global des normes acceptées par l'exposition à la pollution: pour l'exploitant, "que le critère de risque soit atteint ou largement dépassé ne signifie aucunement qu'il soit inacceptable, au vu des autres risques environnementaux auquels sont déjà exposés les populations". En clair, puisque nous sommes déjà complètement pollués par le reste du monde, il faut faire un petit geste citoyen pour accepter certains "petits nouveaux risques" afférents aux CET. Pensons global, et ne nous attardons pas sur ces alarmes contre-productives émanant des associations de citoyens, d'élus et d'experts indépendants.

Selon certaines sources les plus officielles et expertes, les nuisances olfactives des CET et leurs conséquences sanitaires sur les minorités environnantes se réduiraient sans plus à un phénomène d'origine vraisemblablement "psychosomatique", en clair une réaction physiologique spontanée issue d'un certain mal-être personnel, parfois aïgu, provoqué par les fameuses nuisances. Afin d'économiser les frais de prise en charge de ces psycho-pathologies affectant (paraît-il) ces individus faibles et minoritaires, on avancera de la même source officielle que de telles réactions relèvent plus simplement d'un réflexe conditionné ! Le fait de vivre auprès d'une décharge, et le rappel visuel au quotidien de ses bâtiments d'exploitation constituerait donc chez les riverains

"(..) une agression qui déclenche un réflexe conditionné de perception des odeurs (sic)."

Le riverain n'est donc plus maître de ses sens; la simple vue de son paysage environnant provoquerait chez lui une forme de nausée olfactive auto-induite; il s'imagine ces odeurs et s'inflige donc certaines illusions psycho-sensorielles à caractère obsessionnel qu'il ne maîtriserait pas. Si une telle théorie était scientifiquement établie, une solution efficace autant qu'astucieuse serait de dresser autour des CET des panneaux publicitaires géants pour les grandes marques de parfums, ou toutes sortes de mets alléchants. Sous l'emprise de ce réflexe Pavlovien, s'adressant davantage au genre humain qu'aux rats de laboratoire, on imaginerait sans peine l'immense soulagement du riverain, sa réaction "positivée", son équilibre métabolique enfin assuré, sur fond de jouissance olfactive pérenne et gratuite.

Au delà d'une certaine forme d'humour, arrêtons-nous quand même un instant pour mesurer l'énormité de la citation ci-dessus mentionnée. Que la mobilisation des plus brillantes intelligences conduise à des affirmations aussi imbéciles ne peut qu'attrister les personnes honnêtes et conscientes. Il est tout à fait inacceptable que ce type de conclusion, digne d'un mauvais script pour la Planète des Singes, émane d'un rapport "on ne saurait plus officiel".

Afin de soulager les nuisances parfois insupportables que les biogaz procurent aux riverains, certains exploitants n'ont pas hésité à mettre en oeuvre une technique innovante d'un genre inédit: la vaporisation de parfums (sic) à la périphérie du CET par un réseau de "brumisateurs". Sur le plan positif, c'est déjà reconnaitre qu'il pourrait y avoir effectivement des problèmes olfactifs insupportables au-delà de la fameuse "bande des 200 mètres". On ne s'attardera pas sur le ridicule consistant à essayer de couvrir une odeur nauséabonde par une odeur parfumée ou soit-disant agréable, comme on aspergerait une crotte de chat avec de l'after shave ou du N°5 selon les moyens. C'est beaucoup plus grave que cela. D'une part, le système de défense de l'organisme est atteint dans son principe de réflexe: la réaction naturelle et immédiate aux odeurs suspectes et la douleur provoquée par les gaz irritants sont tous deux neutralisés. Ce à quoi on substitue un principe arômatique persistant - supposé provoquer du plaisir (stimulation) ou pacifier l'organisme (sédation), laquelle monopolise puis finalement endort le sens de l'odorat.Les conséquences de cette approche sont très graves. Outre l'atteinte volontaire à l'un des cinq sens qu'elle représente, il s'agit d'une attaque dirigée contre le système nerveux central (voir détails plus bas). Le riverain ainsi "brumisé" au quotidien d'un nuage de goutelettes arômatiques, devenu inconscient de la présence des biogaz toxiques et irritants, avec leurs variations de concentration et d'exposition, ne saura plus quand fermer ses fenêtres. Il retrouvera le sommeil et ne saura pas ce qu'il respire. Il accumulera et métabolisera des doses de biogaz auxquelles il n'aurait pas été exposé s'il avait conservé son système de défense olfactif. Et plus encore: le "parfum" qui pacifie ou stimule artificiellement son organisme constitue une autre forme de toxicité latente et à long terme, dont il est devenu le cobaye inconscient.On imaginera aisément que la composition secrète et propriétaire de ces aérosols suspects ne comporte pas que des arômes naturels, mais aussi des principes organiques pathogènes. Certains exploitants mettent en avant une formule-choc à base dite d'"huiles végétales essentielles" (sic). Ces huiles (ou plus exactement essences, qui n'ont en fait rien d'essentiel pour vivre!) sont des substances complexes utilisées en particulier en aromathérapie clinique, sous étroit contrôle médical, à cause de contre-indications et de certains risques de pathologies induites. Comportant pas moins de 11 familles*, leur inhalation à faibles concentrations, laquelle est suivie d'une diffusion rapide dans le sang, produit sur le système nerveux central des effets soit sédatifs (tranquilisants) soit stimulants, soit les deux (cas de la rose, qui stimule l'activité cérébrale, mais ralentit le rythme cardiaque..). Une essence peut être sédative ou stimulante selon la dose absorbée. Des mélanges d'essences peuvent avoir des effets variés et contraires sur différentes parties du cerveau. On imagine sans difficulté que ces mélanges sont optimisés pour un produire effet maximal, contrant l'irritation des biogaz sur les muqueuses respiratoires et oculaires sans en neutraliser l'attaque chimique agressive et l'absorption de leurs constituants par inhalation et voie respiratoires/cutanées. On est alors en droit de se poser la question de la toxicité ou l'empoisonnement graduel que représente une exposition sur le long terme (10-20 ans) à ces aérosols aux compositions expérimentales et d'effet maximal. Quel volontaire accepterait d'être exposé, pendant une ou deux décennies, à (1) des concentrations variables de biogaz irritants et cancérigènes sans jamais pouvoir être en mesure de les détecter, et (2) à des "essences arômatiques" relaxantes ou stimulantes (ou les deux selon doses et mélanges savants) qui affecterait le fonctionnement naturel de son système nerveux ? Nous sommes en présence d'une solution particulièrement immorale et abjecte, puisqu'elle manipule les sens de perception, par stimulation ou pacification (ou les deux), en comptant sur l'ignorance des riverains, et en rajoutant une source d'intoxication supplémentaire à leur insu ! En conclusion, il s'agit d'une expérimentation nouvelle, incontrôlée et complètement illégale sur cobayes humains; expérimentation dont on ne dispose aucune statistique sur le caractère pathogène au niveau du système nerveux central lorsqu'il s'agit d'expositions à très long terme sur des sujets humains (bien involontairement) participants. Un thème de recherche si avancé ne fait probablement pas partie des compétences ni du souci de l'exploitant: allez savoir ce qu'il pourrait bien en penser en termes de ses priorités. L'idée maîtresse est d'endormir doucement ceux qui pourraient se plaindre des nuisances olfactives..

(*du sédatif au stimulant: esthers, cétones, aldéhydes aliphatiques, sesquiterpènes, lactones/coumarines, oxydes, acides, aldéhydes aromatiques, monoterpènes, alcools et phénols.)

Pour nous résumer: au vu du statut actuel de la toxicologie des pollutions, l'argument consitant à déclarer les biogaz comme inoffensifs lorsque leur constituants dangereux se situent individuellement "dans les normes" est fallacieux et scientifiquement erroné à plus d'un titre. Nous avons vu plus haut que même ces normes de référence ont toutes les chances de jamais être respectées dans la pratique. Pour se couvrir, l'exploitant publiera des chiffres moyens (gommant les écarts observés ou les données qui ne l'arrangent pas), correspondant à une sélection de mesures effectuées dans les conditions les plus favorables, de préférence toujours en amont des vents. Une forme d'auto-surveillance positivante, faite autant pour rassurer qu'endormir les consciences (non déjà exposées aux brumisateurs). Oui, nous sommes au XXIème siècle.

Les cancers liés à l'exposition des biogaz se développent sur le très long terme. En effet, le cycle de cancérogenèse, s'il débute immédiatement, ne conduit à l'apparition de symptômes (dépistage clinique effectif) qu'au bout de 20-25 ans, soit.. bien après la fermeture du CET (10-15ans), c'est à dire lorsque les responsables de l'époque sont ou bien partis sévir ailleurs, ou ont pris leur retraite! Rappelons également que le cycle de production des biogaz s'étale sur 50ans. En clair, la production annuelle des biogaz se perpétue (à un rythme plus lent, certes) sur une échelle de 20-30ans, soit 10-20ans après la fermeture d'un site, ce qui en dit long sur les possibilités de recours. Certains rapports en Amérique du Nord font état de 100 ans pour l'ensemble des mesures de surveillance, sachant que les biogaz s'intègrent également dans les lixiviats, pour lesquels la durée de production et de toxicité sur une échelle séculaire n'est toujours pas documentée.

Des études épidémiologiques très sérieuses, objectives et statistiquement viables, concernant l'observation d'une réduction des défenses immunitaires, sur certains traceurs du cycle de cancérogenèse (taux d'échange de chromatides soeur) et sur l'apparition anormale de certains cancers et leucémies chez les riverains de CET*, ont déjà été publiées (Belgique, Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis, Canada..). Concernant la France, on peut citer (à titre non exhaustif, mais illustratif) un rapport de la DDASS, établi sur des données collectées auprès des médecins généralistes concernant l'impact sur la santé du CET "classe 2" de la Bistade (Sainte-Marie KerquePas-de-Calais). Les différents rapports soulignent expressément que les risques vitaux afférents à la proximité d'un CET concerneraient une zone d'exposition comprise entre 500m et 5km (voire 8 ou 10km dans certains cas) de distance par rapport au CET. Ils recommandent de façon expresse tenir les CET à une distance aussi éloignée que possible des populations riveraines, et d'offrir un suivi médico-sanitaire rapproché aux personnes qui seraient malheureusement trop exposées.

Malgré les risques sanitaires élevés que la proximité d'une décharge fait courir aux riverains, tels que différentes études indépendantes et très sérieuses l'ont scientifiquement prouvé, il y aura encore des gens pour affirmer "qu'il faut en interpréter les résultats avec la plus grande prudence", ou "qu'on ne peut conclure de façon certaine" !rL'argumentation mise en avant pour justifier cette curieuse réserve est que ces études n'auraient pas prise en compte tous les facteurs, comprenez "socio-économico-démographiques." (si ce fourre-tout conceptuel a un sens). Autant dire que des mesures statistiques scientifiques et rigoureuses ne valent pas grand'chose si on n'a pas pris en compte le fait "socio-économico-démographique", sur lequel on peut faire dire tout comme son contraire. Faudrait-il en conclure que du fait de leur catégorie sociale, de leurs activités, de leur revenus ou de leur habitudes, les populations vivant près des décharges auraient une santé a priori plus fragile que la moyenne de la population? Ou que les décharges attirent les personnes à risques? Si une telle monstruosité était fondée, alors il n'y aurait effectivement plus de problème sanitaire à vivre près d'une décharge, puisque c'est le riverain qui l'amène! La vraie raison de cette réserve affichée, sur fond de "grande prudence forçant le respect", est toute autre. Il s'agit simplement de nier l'évidence afin de mieux faire accepter l'implantation des CET, sachant qu'on peut aisément faire l'économie de s'inquiéter de la santé de ces populations minoritaires que sont les riverains. De toutes façon (comme nous l'avons vu), même si à terme on trouvait quelque chose de grave, cela ne prouverait rien ! (voir également *note plus bas)

Quant aux plaintes concernant différents troubles vécus au quotidien (odeurs insupportables, toux, irritation des yeux et des voies respiratoires, insomnies, irritabilité, états dépressifs, etc.), on ne saurait les prendre en compte et les interpréter qu'avec la plus grande prudence: elles proviennent en effet des riverains des décharges, ce qui en limite toute objectivité!. Ce n'est pas nous qui l'avons inventé (cf. rapport du Commissariat au Plan de décembre 2003, p369, ).

Le descriptif ci-dessus, concernant l'impact des biogaz sur la santé, nous éloigne fort de l'image rassurante des "petites nuisances" causées par les "petites odeurs", et qui vaut à tous les opposants de CET une accusation d'égoïsme, voire d'incivilité anti-écologique! Aux risques associés aux biogaz sur une période de plus de 50 ans, il faut ajouter ceux provenant des pollutions de la nappe phréatique par les fuites des lixiviats. On a vu que celles-ci sont inévitables, malgré le fameux "état de l'art" des technologies de protection. A ce phénomène de fuites ininterrompues sur une échelle de plusieurs décennies, dont les conséquences sont presque imperceptibles au cours des premières années d'exploitation, s'ajoute celui du viellissement naturel et de l'obsolescence terminale du dispositif d'imperméabilisation. Le vrai problème d'une pollution irréversible de la nappe pourrait survenir 10-20 ans après la soi-disante "fermeture" de l'exploitation.

Puisqu'on imagine fort difficilement que les exploitants de CET ne sont pas au courant de ces risques connus et pour certains déjà bien documentés, on se pose la question de savoir pourquoi un suivi médico-sanitaire rapproché (et la compensation en frais de sécurité sociale et le cas échéant, d'assurance-vie) ne fait pas partie de l'offre commerciale.. On se demande aussi pourquoi les contrats d'autorisation d'exploitation ne sont pas assortis d'un fond de garantie minimum en compte bloqué en cas d'accident ou de catastrophe majeurs, ou de manquement à l'application des normes ou dispositifs sécuritaires, sur une échelle de 50 ans, dans les clauses contractuelles des 30-40 ans de post-gestion environnementale. Dans le cadre légal actuel*, le fait que ces clauses comportent quelques garanties d'intervention, ou de remise en état du site en cas d'accident, et dans le cas favorable se réduisent à l'engagement par l'exploitant de replanter des "essences arboricoles" (sic) voire de créer des' "espaces ludiques" (re-sic) en dit long sur la prise de responsabilité qui accompagne ce type de contrat. (* voir en particulier à la page "Vous avez dit CET ?", l'analyse de la circulaire ministérielle de 1996 relative aux garanties financières de l'exploitation d'un CET).

Haut de page